Les Achats : levier de création de valeur sociétale pour l’entreprise

Article de Karl SEIDEL, publié le 26 février 2019

La fonction Achats est stratégique: elle gère en moyenne 50% du chiffre d’affaire des entreprises industrielles au travers des achats à ses fournisseurs, parties prenantes de l’entreprise. A ce titre, les Achats sont au cœur des politiques de responsabilité sociétale des entreprises (RSE).

La fonction Achats visait jusqu’ici la maîtrise et la baisse des coûts pour contribuer à l’EBITDA. Nous avons alors étiré les chaînes d’approvisionnement, sous-traité dans des pays à bas coût et lancé des appels d’offres avec le prix comme critère central. Parfois, nous avions des périodes plus « généreuses » avec les négociations Win-Win et les partenariats, mais dès que l’entreprise traversait une période de gros temps, les Achats étaient priés de retourner chercher 5% chez les fournisseurs. Le modèle du Cost Killing.

image d’article

Ces politiques ont souvent généré des effets négatifs : délocalisations, achats à bas coûts et qualité moindre, production dans des pays aux normes sociales précaires et instables, dégradations de l’environnement, atteintes à la réputation. Ce sont les externalités négatives, pas toujours perçues, car parfois lointaines et dont les coûts ne sont pas rapportés à la consommation d’un produit.

La dégradation de l’environnement liée à l’activité économique est l’exemple type d’externalité négative : elle inflige une nuisance dont nous ne percevons pas le prix, car elle aboutit à la pollution et la dégradation des écosystèmes. Pour viser à l’efficacité sociétale et environnementale, nous devons réintroduire les coûts des externalités négatives dans le calcul de création de la valeur de l’entreprise. C’est la démarche de la RSE, la responsabilité sociétale de l’entreprise.

Pour impulser cette démarche sociétale, nous chercherons d’abord à comprendre (inventaire, cartographie… ) quels sont les types d’externalités générées avec nos fournisseurs, afin d’en diminuer les effets (externalités négatives) et d’en augmenter les impacts (externalités positives). Les achats représentent en moyenne 50% du chiffre d’affaire,  la fonction Achats a un énorme levier pour alimenter et concrétiser la RSE.

Les Achats vont négocier la réduction des externalités négatives chez les fournisseurs pour un prix de marché : réduire les pollutions, atténuer les inégalités, optimiser les consommations de matières premières, améliorer les conditions de travail, améliorer l’efficacité des process industriels, favoriser l’emploi des femmes à conditions égales de celles des hommes, favoriser l’emploi des personnes socialement fragiles. Les Achats vont créer de la valeur sociétale, pour un prix de marché.

Toutefois cette politique a un prix : il faudra investir pour réduire les externalités négatives, donc le prix de marché devrait augmenter. La fonction Achats doit négocier un budget d’investissement sociétal avec sa direction, qui est « l’effort financier » consenti par l’entreprise, le Top Management et les actionnaires pour alimenter une politique sociétale sincère et cohérente.

Bien sûr, ce ne sont pas les « Bisounours » ! La fonction Achats restera le garant d’une partie du ratio  compétitivité/coût, et assumera ce double objectif : amélioration du rapport qualité/prix et engagement sociétal. Elle veillera à ce qu’il n’y ait pas d’injonction contradictoire : « moins cher et plus sociétal » ne peut pas être la norme !

Les Achats se tournent alors vers une politique d’achats durables alliant la performance sociétale et le prix.

  • Parmi eux, les achats éco-responsables qui intègrent les critères environnementaux, la traçabilité, la frugalité de la consommation des matières premières et le recours au secteur du recyclage et de la valorisation des déchets.

 

  • Parmi eux, les achats sociaux responsables pour favoriser l’emploi, l’insertion des personnes plus fragiles comme les handicapés et le retour à l’emploi des chômeurs de longue durée. L’économie sociale et solidaire, l’ESS, va se développer fortement sous cette impulsion.

 

  • Parmi eux, les achats éthiques qui excluent la corruption et favorisent le respect des droits fondamentaux et sociaux des travailleurs, dans les pays à bas coût par exemple. Cela ne signifie pas d’arrêter de produire dans ces pays à faibles coûts car ce ne serait pas économiquement viable, mais de favoriser l’émergence de politiques sociales décentes dans ces pays: conditions de travail et de sécurité, couverture maladies, développement social et local, formation des travailleurs.

 

  • Parmi eux, les achats équitables, qui cherchent à répartir de façon plus juste la valeur ajoutée tout au long des filières, entre les différents acteurs, comme sur les cafés et chocolats du label Max Havelaar (Nord-Sud) ou les filières de la viande et du lait en France avec la marque C’est qui le Patron (Nord-Nord).

 

Ainsi, la fonction Achats devient créatrice de valeur sociétale et les acheteurs trouvent un nouveau sens à leur engagement professionnel.

Il faudra porter cette nouvelle création de valeur sociétale jusqu’au consommateur pour qu’il la perçoive et l’intègre dans sa décision d’achat et son acte d’achat (consom’acteur). Mais il y est déjà prêt, dans une certaine mesure certes : selon le rapport Global Corporate Sustainability 2015 de Nielsen, 66 % des consommateurs dans le monde se déclarent prêts à payer plus cher pour des produits issus d’entreprises engagées dans le développement durable. Une attente particulièrement forte au sein de la génération Y (21-34 ans) où ce pourcentage atteint 73%. La jeune génération montre plus de conscience sociétale.

Le développement durable et la RSE, vous pouvez y croire ou être sceptique, mais c’est devenu un enjeu « Business » car le consommateur, les investisseurs et la société civile exigent un comportement sociétal responsable de la part des marques. Par valeur ou par pragmatisme, il faut y aller !

 Karl SEIDEL


Karl SEIDEL est Directeur Achats/Achats Durables/Supply Chain, à temps partagé en PME-PMI en mettant ses compétences et expériences au service du « Juste Temps, Juste Coût ». Il propose de prendre en charge la gestion opérationnelle des achats de l’entreprise, comme par exemple : le budget Achats, les négociations annuelles, l’ajustement de la trésorerie Achats, le développement d’une politique rigoureuse, la cartographie et la liste des familles et des fournisseurs stratégiques pour anticiper les risques. Il conseille également sur le déploiement d’une politique d’achats durables, un critère qui monte en puissance dans les appels d’offre.

Parcours professionnel et Contact


Permalien : https://wp.me/p9haeE-nD

Fermer le menu