Réduire la pollution des plastiques… du storytelling au storydoing

Réduire la pollution des plastiques…
Pour passer du story telling au story doing

par Bernard RIOUX, Independent Consultant – Strategic Marketing manager — En savoir + sur Linkedin

publié sur le NEWS 76


Aujourd’hui, Covid mis à part, le réchauffement climatique et la pollution par les plastiques à usage unique se partagent la vedette médiatique mais aussi, malheureusement, un certain nombre de biais intellectuels majeurs:

Primat des conséquences par rapport aux causes, méconnaissance scientifique, idéalisation des alternatives (papier, verre…), idéologie et émotion se substituant aux faits, priorité à la communication par rapport à l’action : quelle entreprise, quel parti politique, quelle organisation n’a pas sa charte environnementale ? Quel citoyen refuserait d’agir et de réduire sa con-sommation de plastique ?

Et pourtant, la température du globe continue de croître et les rivages de s’enlaidir.. Peut-être parce que la technologie, qui depuis 2 siècles a permis de lever tant de freins à notre développement (énergie, santé, nourriture), a d’autant plus de mal à lever les nouveaux freins dus à la pollution qu’elle a elle-même engendrés ?

En effet, le développement des utilisations plastiques à usage unique (en particulier emballage), qui conduit en grande partie à la pollution visible actuelle, résulte de dizaines d’années de lente optimisation technique et économique, soutenue par des investissements industriels considérables qui ont permis d’atteindre de subtils compromis.

Vouloir faire évoluer voire éliminer un tel écosystème sans en comprendre les finesses et les interactions, c’est prendre le risque de voir très rapidement réapparaître les paradoxes majeurs que la technologie a contribué à résoudre. Cela ruinerait tous les efforts (méritants) par ailleurs ..

Le paradoxe de la sécurité alimentaire et sanitaire tout d’abord : Le Covid-19 vient de rappeler douloureusement la nécessité d’une protection étanche des biens et des aliments. La plupart des aliments, a fortiori en usage nomade non réfrigéré, ont besoin de protection contre les oxydants, l’humidité et les bactéries pour ne pas se dégrader très rapidement, voire devenir toxique .

Le paradoxe du volume et de l’impact environnemental total ensuite : Depuis plus de 30 ans, l’industrie des plastiques a une obsession : réduire le poids (et le coût) en créant des structures de plus en plus fines et complexes multipliant l’association de matériaux plastiques ayant chacun une fonction spécifique : structure, barrière, adhésion etc…. Ainsi un film de 30 microns (microns) peut contenir 12 ou 13 couches. Remplacer ces « merveilles » de technologie par des mono produits « naturels » : papier, carton, métal et verre conduirait à une explosion du volume et du poids du packaging avec un impact considérable sur le bilan environnemental : CO2, ressource en eau (entre autres)…

Le paradoxe du recyclage enfin : Ces mêmes structures multi-matériaux quasi inséparables sont certes très efficaces et légères dans leur utilisation première mais également plus difficiles à recycler du fait de la faible compatibilité entre les matériaux. Pour développer des applications à grande échelle, les entreprises de recyclage qui ne sont pas des spécialistes des plastiques et de leurs utilisations se retrouvent, in fine, en concurrence avec les producteurs de plastiques vierges à bas coût et haute performance. Il est simple de comprendre pourquoi les clients réservent les plastiques recyclés à un petit volume d’applications médiatiquement porteuses mais continuent à utiliser les produits vierges pour tout le reste .

« Certes, des exemples facilement optimisables existeront toujours mais penser que la législation et le consensus suffiront à éviter un long et douloureux process permettant à la technologie de corriger 30 ans de technologie passée est, au mieux, d’ordre aspirationnel. »

Seul un travail de fond consistant à établir pour chaque type d’application à usage unique une recommandation, une charte de « mieux disant » prenant en compte les 3 paradoxes ou impératifs peut conduire à une transition pérenne et massive.

Il s’agit d’avoir, dès la genèse, une vision exhaustive de l’ensemble du cycle de vie de l’application à usage unique, ainsi que son recyclage en loop ou vers une application durable et pertinente souvent tout autre que celle d’origine.

Il est dès lors indispensable de créer un système homogène et économiquement viable en faisant travailler ensemble les spécialistes des différentes industries (alimentaire, packaging, agriculture, recyclage, construction, oil & gas …) .

Le défi et la tâche sont considérables mais les premiers résultats tangibles pourraient être obtenus à 12-18 mois et permettre enfin de sortir des classiques recyclages de bas volume tel la transformation en mobilier urbain qui monopolise les médias mais dont tous sont lassés.

 

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